Le tabagisme ou l’art salutaire d’abréger des vies impropres

Pensées sur les fumeurs

Dans le présent article, l’auteur propose une relecture du tabagisme à l’aune de considérations scientifiques et philosophiques (souvent très personnelles) – l’occasion de revenir sur des notions qui semblent fondamentales. Un travail intéressant, parfois un tantinet vindicatif, qui éclaire d’un jour nouveau un phénomène néfaste et bien connu.

L’envie de fumer un jour ne peut naître que dans des esprits médiocres et primitifs – de méprisables tas d’organes superflus. Leur lueur d’intelligence est souvent si faible, leur autonomie si nulle, que le conformisme fait chez ces pauvres hères facilement influençables de terribles ravages : ils commencent à fumer par un mimétisme vaniteux et ce faisant, consentent à se rendre esclaves d’une pratique ignoble dont l’effarante nocivité n’est plus à démontrer. Preuves, parmi d’innombrables, que le fumeur est éminemment – profondément – stupide : le tabagisme détériore évidemment la santé autant qu’il raccourcit l’espérance de vie ; mais il porte de surcroît irrémédiablement atteinte au capital esthétique (jaunissement des dents et de la pilosité faciale, perte prématurée des cheveux, accentuation des rides etc.) En cela, ce terrible fléau est honnête et ne se cache pas : son évolution et ses diverses manifestations rendent, à terme, l’individu physiquement aussi repoussant que l’intérieur de ses poumons, tel un présage de la ruine qui se profile. Le tabagisme et les désordres qu’il fait naître sont toujours annonciateurs d’une dégénérescence généralisée dont le cancer n’est malheureusement pas assez souvent l’aboutissement.

Ainsi, dans la mesure où la consommation de tabac n’apporte strictement – absolument –  rien de positif à quelque niveau que ce soit, force est d’admettre que seule une monstrueuse bêtise peut présider à cette lamentable pratique, laquelle apparaît surtout comme moyen d’occuper des vies bonnes à rien qui ne valent pas d’être vécues. Les fumeurs s’octroient des pauses aussi régulières que pitoyables, ponctuant une existence creuse et misérable. Incapables de faire face au vide béant de leur esprit, ces demeurés préfèrent s’empoisonner ; avec les ivrognes ils constituent, à n’en pas douter, la lie de l’humanité – de sombres déchets que la société n’est pas encore parvenue à éradiquer (à défaut de les recycler).

Il convient tout particulièrement d’insister sur ce point : les fumeurs sont de répugnants vauriens et font incontestablement partie des sous-êtres les plus abjects de l’espèce humaine. Existe-t-il en effet une seule forme de vie qui soit plus insupportable ou méprisable que celle-ci ? Les fumeurs sont les ennemis du genre humain, la plus grosse offense faite à la nature. Rien n’est plus prodigieusement laid que cette vermine qui persiste avec un acharnement déplorable à vouloir empuantir le monde de ses effluves néfastes. Aucune pratique n’est plus lamentable, inepte, irraisonnable, insensée ou inélégante que la consommation de tabac.

Une promenade champêtre, de l’exercice physique ou la lecture d’un livre, représentent autant de remèdes à l’ennui valant bien mieux que l’abrutissante fumée de la tabagie. Mais le fumeur est doté d’un esprit bien trop faible pour se livrer à une quelconque activité estimable. Son cerveau est, à bien des égards, une étrange aberration de la nature : il n’est pas assez intelligent pour embrasser une noble activité du corps ou de l’esprit, ce qui le porte à la consommation de tabac, mais dans le même temps, ce poison dont il se délecte a des vertus salutaires pour l’espèce. En effet, qu’y a-t-il de plus souhaitable que de voir périr (et si possible dans d’atroces souffrances) des vauriens nocifs tels que les fumeurs ? Leur perte obéirait en cela aux lois salvatrices et impitoyables de la sélection naturelle formulée par Darwin : les organismes les plus aptes survivent tandis que les déficients disparaissent.

Une lecture scientifique du phénomène nous invite donc à faire montre d’optimisme. Le tabagisme, qui découle d’une lueur infinitésimale d’intelligence, correspond précisément au moment où l’instinct tente délibérément d’abréger une vie méprisable et impropre. En d’autres termes, le fumeur est un indésirable dont l’encéphale défaillant organise la mort programmée, et ce, pour préserver l’espèce d’un patrimoine génétique qui la déshonore.

Malheureusement, notre société, malade de mille façons, agit à rebours de la logique fondamentale ayant façonné le vivant : au lieu de bannir de son sein les individus pathogènes à l’esprit famélique, elle les entretient dans leur effroyable névrose, alimentant par là même les feux de son infortune. Nous ne gagnons rien à voir proliférer pareille engeance, dont la nuisance représente une pollution tout à fait indigne. Mais elle est pourtant aussi répandue qu’acceptée. Notre étrange tolérance à l’endroit de ces dégénérés fait de nous des fumeurs passifs. Par notre lâcheté nous creusons autant leur tombe que la nôtre. Il convient de nous débarrasser, une bonne fois pour toutes, de ces innommables détritus humains – et les idées ne manquent pas. Par exemple, une mesure gouvernementale de premier plan consisterait à pousser les fabricants de tabac à augmenter les doses des composants les plus nocifs. Une société presque idéale proposerait des cigarettes létales – la société idéale ne comptant plus de fumeurs.

Avant que de conclure, d’aucuns ne manqueront pas de faire remarquer qu’il convient de garder raison et de nuancer le propos : « N’accablez pas la totalité des fumeurs, dont certains sont polis et désireux de respecter leurs semblables ». Ce n’est pourtant pas ce qui sera fait ici : tous les fumeurs – tous sans la moindre exception – sont à mettre dans un même sac (et à jeter au fond de la Seine). L’on ne crachera jamais assez à la face de ces infâmes saletés pour leur faire comprendre tout l’atroce dégoût qu’elles nous inspirent. C’est bien simple : si Dieu existait, tout fumeur se verrait immanquablement mourir des suites d’un douloureux et foudroyant cancer des poumons – tel un juste châtiment venant sanctionner une effroyable déviance. La persistance d’un tel fléau immémorial nous enseigne néanmoins deux savoirs fondamentaux : l’inexistence de Dieu et la bêtise abyssale inhérente à certains représentants de l’espèce.

Pour conclure, à lumière des éléments apportés, il semble opportun de formuler la définition suivante, empreinte d’un optimisme scientifique : le tabagisme est une non-activité au demeurant salutaire permettant aux derniers neurones d’un cerveau malade ou déficient de hâter leur apoptose dans un ultime élan darwinien de préservation de l’espèce.